Son jardin sauvage

10 février 2010

Appuyer sur la gachette

T'aimer est un tel renoncement. Choisir de devoir cesser de t'aimer est un renoncement amèrement moindre. De ton sourire à ton incompréhension. De ta frustation noire à ta frustration lumineuse, j'ai été responsable de tout, ces derniers mois. Que je ne saurais compter. D'orgueil, je nous ai trompés. D'orgueil j'ai salé tes plaies.
Nos pas n'ont jamais été si lourds que ce soir-là, alors qu'ils claquaient à peine sur le goudron de cette ruelle. Ta tête n'a jamais été si lourde que ce soir-là, alors que tu me ramenais vers nos solitudes à venir. Aller simple et complexe. Lumières orange sur main tremblante. Menton. Grimaces. Spasmes et douleur.
Ma tête a tourné. En tous sens, cherchant des réponses, une explication à mon impuissance. Mon incapacité. Ma paralysie. Seules les larmes ont su couler. Les points d'interrogation retentissent dans mon crâne. Coups de marteau dans le vide. Courant d'ère en oubli.
En renonçant à toi, renoncer à ma quiétude. Déverrouiller les barrières de protection contre les blessures. Mais suivre le seul chemin. Comme toujours. Un seul chemin. Jamais le bon. Toujours le seul. Marcher dans les ronces jusqu'au bout et ne jamais savoir si, par le pré, l'on a trop essayé ou pas assez.
Je la vois, soir de ses 5 ans, petite princesse gâtée. Le cul dans la crème de son gâteau d'anniversaire. Mèches de cheveux à la main. De toutes les couleurs. Larmes sur joues rouges. Rage au ventre, collants déchirés. La fête est gâchée. C'est elle qui l'a sabotée.

L'histoire ne dit pas si elle osera un jour dire à celui qu'elle aime d'attendre un prochain anniversaire.

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02 janvier 2010

Transit d'amour

Ce doit être parce qu'il est compliqué de construire sa résidence principale et sa résidence secondaire en même temps.
Ce doit être parce que la perfection et ce qui l'approche me font peur.
Ce doit être parce qu'à cet instant, la sérénité ne m'appelle pas.
Ce doit être parce que quelque chose sonne juste.
Je ne me l'explique pas, mais ça ne doit pas être toi.
Ou alors si. Mais alors ça ne doit pas être moi.

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10 août 2009

Réchauffé

[...]

La pièce est enfumée. Une vague odeur de brûlé. Mais on ne dit pas brûlé dans cette maison, on dit "attrappé". Oui, voila, les casseroles ne sont pas carbonisées, elles attrappent. Posés sur la cuisinières, autant de plats que de présents. La tourte aux pommes de terre. Un plat en inox long comme le bras, plein de crudités. Les pots de mayo maison. La blanquette de veau, le riz ET les haricots. La fanrandole de desserts. Pas une tradition, non, une sorte de tare familiale. Le gâteau de savoie dont on a gratté le dessus parce qu'il a grillé - non, pas brûlé ! La faute au four à deux positions : éteint ou à fond. Une tarte aux abricots trop acide, que personne n'a jamais aimée mais que l'on mange quand même. Et puis des oeufs à la neige, crème anglaise, poudre de pralines, caramel.

La doyenne fait la tronche, comme toujours. Pour le principe. Parce que ça n'est jamais assez bon. Parce que ses filles ne comprennent rien. Parce que mon père a dit le mot de trop. Parce que mon oncle a oublié le champagne. Ou simplement parce que c'est plus facile de prendre sa moue boudeuse de petite fille, que de nous dire qu'elle a de la chance de nous avoir tous, chaque dimanche.

Donc était tous là et on buvait un peu trop, on mangeait pendant des heures et plus que de raison. Une excuse pour rester tous à table. Je sortais le fromage, sur ordre ferme de la grand-mère, tout le monde faisait la grimace, se tenant le ventre et puis chacun avait une bonne raison : son pain à finir, un fond de rouge à accompagner. Le dessert. Un deuxième. Des fruits. Du café brûlot. Le digeo. 17h. Les ventres sont bien tendus. Les mines fatiguées. Un petit tour dehors pour prendre l'air, vite fait parce qu'il pleut. Les serviettes attendent sagement sur les chaises. En boule, comme nos intestins. Puis on va chercher les manteaux qui sont entassés sur un dessus de lit qui sent la naphtaline. On se dit à bientôt. On s'en va chacun chez soi, sauf la grand-mère qui reste dans son fauteuil, dans l'angle de l'obscurité de sa cuisine qui sent la vie. Encore un peu. Jusqu'à demain.

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05 août 2009

Knock-knocked

If you need anything, I'll be next door. Kinda forever.

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20 mai 2009

Voile juvénil

Un voile gris plombe sur vos beautés juvéniles. Vaines et inutiles.
Elle, je l'aime tant. Une femme qui tasse bien ses quarante ans. Qui porte lourdement son regard cerné à ses pieds. Qui jette un oeil las à sa montre. Elle n'est plus en retard désormais. Personne ne l'attend vraiment, mis à part ses enfants. Un teint terne accentué par les lumières blanches du métro. Sa vie comme un fardeau. Son sac qui ne contient plus rien de beau. L'usure des jours se lit jusque dans ses vêtements. Ce vert un peu passé. Ses bijoux bon marché. Son assise négligée.
Elle porte la beauté désabusée de celles qui n'attendent plus rien de la vie. Qui la voient passer sans sourciller. Fortes et abîmées.
Assise en face d'elle, je subis des élans de désir. Des brassées d'envies de l'enlever, de la soustraire à son train. De lui offrir un souffle nouveau. La regarder profondément sans sourire. Au fond des yeux. De saisir ses mains tantôt molles tantôt raides et de substituer mes gestes enlevés à ses mouvements gourds. Lui redonner énergie et vie. Détacher son chignon et la mettre face à un miroir, échevelée. Relever sa jupe et retirer ses collants. Faire voler ses chaussures. Déboutonner son chemisier mal coupé. Retirer son soutien gorge et la laisser poser ses mains sur ses seins lourds. Attendre qu'elle ait fini de pleurer pour lui dire qu'elle est belle. Pyrogravure de self-esteem.

Agitez sans retenue vos cuisses fermes. Balancez sous ces nez affamés vos seins fraîs qu'aucun enfant n'a jamais têtés, vos breloques, vos visages maquillés et inexpressifs, vos ventres plats qu'aucune grossesse n'a jamais déformés. Votre jeunesse et la mienne me donnent à gerber. A pleurer. A déplorer. Le vide de ces plastiques. Qui êtes-vous, petites arrogantes ? Que faites-vous idiotes et fringantes ? Qui appelez-vous crétines volubiles ? Courir, dépenser, faites semblant de rire. Ce rire, d'où vous vient-il ? Où va-t-il ? Dans les oreilles sourdes d'imbéciles dégueulasses plus âgés. Qui ne comprennent rien à la beauté du désir. Qui ne pensent qu'à soulever ce voile de vulgarité pour tripoter, pénétrer, malaxer, se faire un bien éphémère et illusoire.

J'ai 25 ans, mon corps me déplaît. Mon visage me déplaît. J'ai envie de déballer ces atouts galvaudés à la face du monde qui bande comme un chien. Qui baise comme un chien. Langue pendante et regard au loin. Je voudrais les faire tous baver. Allez-y, matez mon 90D. Laissez-vous guider par votre con-cul-piscence. Il vous plaît, mon fessier ? Ferme à souhait ? Envie d'écarter - sans délicatesse aucune - mes deux cuisses et d'y glisser vos vîts poisseux ? Poisseux d'avoir délaissé vos femmes pour un regard. Pour un sourire dont vous savez qu'il n'est pas sincère. Mais vous fermez les yeux aussi fort que vous espérez me sauter. Quand on joue à saute-mouton ...

Vos femmes seules. Celles qui ont porté vos enfants. Celles qui les ont consolés. Celles qui sont là, toujours, chaque jour pour vos caprices. Pour essuyer vos plâtres, vos larmes, vos humeurs. Celles qui vous tiennent et vous soutiennent. Délaissez-les encore, continuez. Ne voyez pas les efforts qu'elle font pour vous. Au début. Les crèmes anti-âge, les sous-vêtements sexy. Les dîners rien que pour vous, les week-ends. Les vacances pour vous retrouver. Fermez vos yeux tellement si fort sur leurs attentes. Détournez le regard de leurs rides d'expression. Toiles d'araignée sur leurs illusions. Laissez-les s'user, celles qui ont vécu. Moi je les vois. Je sens leur parfum enfermé. Je les entends battre et se débattre.
Et par dessus tout, je vois leur beauté.

Texte volé ici! (à deux mots près ...)

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11 mai 2009

Roulades en eaux troubles

Ces paroles qui me hantent en rien à voir. Combattante immobile à pile. J'ai le rien aux trousses qui me fout les foies, qui me hante, qui me tente, qui me vante son antre. J'écoute bouillir mon sang ma bile et battre dans mes paupières le décompte du temps.
Je me fraie un chemin entre vous. J'ondule, fantôme hurlant. Courant d'air chargé. Boulet aux chevilles. Sourire forcé. Aucune envie de me mêler. A vos histoires, imperméable. IntermaléableIntermaléable. Trampoline. L'autre me brûle. Aucune envie. Cystite amicale. Méningite familiale. Otite amoureuse. Malade. Je suis malade. La fatigue a depuis longtemps pris le dessus. On m'a puisée. Et puisée. Bue. Vidée. J'aime en creux. J'ai mal en relief. A ne rien y comprendre. A trop me méprendre. Désapprendre. Attendre.

Maintenant que tu sais que va-t-il ?

Rien, aucun répit. Pas de trêve. Pendant des heures et des heures. Je me remets de ta fièvre. Puis je replonge. Nez ouvert. A me noyer de te vouloir. A me broyer de te savoir. Poliment non merci je n'en ferai rien, je te l'ai déjà dit. Blam. Porte claquée sur ma gueule voilée. Ce voile gris du mépris. Celui de ceux du bord du chemin. Celui de ceux d'à côté des plaques.

Manger, boire sans conviction. Vouloir me baffrer à m'en écoeurer du caramel de ta peau. M'ennivrer de la fleur de sel de tes draps. Ce que je fais quand tu n'es pas là. Tes mains de pieuvre. Qui courent, des preuves. Sur ma peau électrisée. Sur mes chairs hérissées. Si c'est ça d'aimer, j'aime autant m'en débarrasser. Si c'est de sentir m'échapper, je veux bien m'abandonner. Laisser mon âme derrière le canapé. Partir la tête haute et le sourire vide vers d'autres contrées. Et me vendre, contre un peu de toi. Et me racheter pour un enfant de toi. Pour un sourire de toi. Pour un geste de toi. Pour t'entendre prononcer mon prénom. Pour t'entendre m'appeler autrement. Enfin. Jamais.

09 février 2009

Portez haut vos chapeaux

Où sont passés les tempêtes et les orages ? Contenus dans des cadres solidement viciés. Ancrés dans leurs certitudes acerbes. Noyés dans d'amères thunes. Portez vos chapeaux, haut. Dodelinez fièrement et avancez. Gauche. Gauche. Et si la révolution. Un vent fraîs s'engouffrant dans les rues. Soulevant les prospectus humides collés aux pavés. De l'art et du cochon. De l'espoir et des hâchoirs. Menus idées. Envies. Tentatives. Morsures dans le système. Entames dans le tas de purin. A soulever les mouches. A hérisser les poils des narines sensibles. Marines effluves de nos demains. Demains chantants peut être enfin. Le droit de vie. Le droit de cons-finement. Vouloir. Pouvoir. Changés de mains. Changés de têtes. Monter la vie à cru. Et plus avide. Pour une fois.
Sentir le cap changer. Le vent tourner. L'adonnante se pointer. Lécher le plat et sourire aux corneilles.

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07 février 2009

?

Vous qui avez tant besoin d'être écouté(e)s et compris(es), qu'avez vous tant à DIRE ?

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18 décembre 2008

Chucky la belle vie

Allez viens, prends ma main et tire comme un âne sur ce bras d'honneur en acier détrempé. Fais-moi le sourire au cutter. Fige mon âme à l'azote liquide et emporte-moi là haut, loin, loin, sur la colline.
Ensemble on se roulera dans les chardons, on trinquera fort pour boire notre sang de christs dans des verres ébréchés. Puis de la cîme des peupliers, on bombardera les lapins de pommes de pins.
On rira comme des cons damnés. On se vautrera dans nos certitudes et notre présumé bon goût. On emmerdera la terre entière que si elle est pas d'accord, on lui montrera nos dents cariés pour lui prouver qu'on a raison.
On gardera les gosses des autres. Tes grandes mains, tes doigts fins, dans leurs cheveux bouclés. Tes gangsta histoires dans leurs oreilles médusées. On s'ouvrira les huîtres numéro trois dans des morceaux interminables de deutsche minimalist tekno musik hahahaha. Et tout un album Diam's pour les croque-monsieur à la mortadelle arrosés de coteaux du layon.
On trempera le cul des anges dans l'harissa. On leur soufflera du poivre aux naseaux. Nos haleines chargées dans leurs bouches sevrées. On bouffera de l'herbe en touffes en ruminant nos mères planplan.
On coulera William Leymergie dans un bronze géant, figeant son arrogance pour l'éternité. On essuiera le nez de Julien Lepers en lui mettant des fessées. Si tu veux, je te le tiendrai. On pissera à la raie sur le côté d'Ardisson, pour la forme. Photo reportage téléZ à l'appui. Etayés nos propos orduriers. On ramassera les poubelles du quartier. On les rendra à leurs propriétaires avec des commentaires. Fallait-il vraiment le jeter ? Comment peux-tu manger ça, mémé ? Le kiri, c'est vraiment pour les petits zizis, etc ....
On déjeunera d'improbables pains perdus, en pleine insomnie. On en verra d'autres, des chantiers, des lumières, des travailleurs impies du samedi. On finira par ne plus inviter personne, au bout d'une semaine, quand on sera devenu tellement suffisants qu'on s'écoeurera nous-mêmes. Tous les jours ce sera la faute de l'autre. Surtout quand on fera l'amour sans s'en donner.
On jouera à qui perd gagne. Ce sera moi la perdante, évidemment. Je te banderai des yeux. Je continuerai à embrasser toutes ces filles. Je te claquerai encore encore.
On enfoncera tous ces nains dans leurs bûches de Noël en se répétant qu'on leur rend service, parce qu'eux, au moins, ils se feront sucer. On les laissera couler. Nous brûler. Tes silences et mes larmes. Tes vérités tranchantes me désarment. Je te lécherai. Je mangerai ta maigreur. Ton odeur. Tes humeurs.
Le monde sera à nos pieds. Nous suppliera de nous aimer ou de nous séparer. Nous on fera les étonnés. Les sourcils relevés dans une mauvaise foi frisant l'intergalacticité. On dira mais merde qu'est-ce-vous avez. On partage notre frigo. On se déchire quand il fait beau. Et alors? Tu diras j'ai envie de dire t'y allais j'en revenais. Je répondrai tu parles déjà je conduisais tu jouais encore avec ton caca. On rira jaune des milliers de fois. La couronne mortuaire sur la porte d'entrée, un collier en dents de rahan autour des chevilles, mururoa dans le salon, les flamands roses qui veillent au grain.

Et quand on sera vieux et fripés, baignés dans nos vomis desséchés, on passera dans des émissions de Laurent Boyer.

09 décembre 2008

Blouarp

Haha les engrenages et les tourbillons. Les instants qui s'enchaînent sans répît aucun. On est tous un peu fous, mais quand même ... La bride a lâché. Si bride il y eût, ce dont je doute. Je ne saurais dire exactement si ça m'effraie, ou si merde après tout. Une seule vie, tout ça tout ça. Perplexe. Affolée, interloquée, enjouée, rassurée de temps à autre. Parce que ça se passe, si ça se passe, c'est donc que ça vit. Quoi on s'en fout, finalement. Qu'on s'en souvienne ou non. Pas peur de laisser l'intérieur s'afficher dans ma bouche. Pas peur de ne pas maîtriser. Parce qu'au fond je sais bien, qu'il n'y aura aucun mal de fait. L'avoir le fond qu'est bon, ça évite les effondrements. Les surprises aussi. Enfin, les vraiment désagréables, qui piquent et sentent mauvais comme un vieux filet, que tu te culpabilises de trop après. Que tu t'en veux pour de bon.
Elle passe, elle sent bon, croque-la donc. Il passe, il fleure bon, mange-le donc. Des accordéons. Des accords. Des on. Des frites dans des paniers en osier. Des sous-bocks qui amortissent. Une table de pub en bois. Des rabannes. Un thé dans un thermos. Des pansements. Une bouteille de fischer. Des cure-dents, un coupe de glaces. Une cigarette russe. Un vilain short de bain. Si ça n'avait pas été. Mes âneries sitôt dites sitôt pertes pourquoi pas les raconter. Mes fringues dans sa cuisine. Des pailles d'or. Un trombone. Les coulisses. Une salle sombre. Des fauteuils en velours rouge. Un accoudoir. Son bras. Son bouc. Son odeur de vanille pouark, ses seins. Sa culotte douce et tenace. Farouche, sauvage, ravagée un peu.
Une bague de fiançailles. L'affaire d'état. Le secret d'état. Et si je t'emmerdais carrément. Je cherche. Faire lui plaisir. Poudre d'amant désintéressé. Exposition. Universels commentaires. Comments plaires. Assise. Coude sur table, tête dans main. Evanoui, disparu, non dits. Un peu con sur les bords, je nage au milieu.

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